J’ai retrouvé cet article dans mes brouillons, il était terminé, il ne manquait plus que les photos. Comme je considère ce blog comme un carnet de pensées & de voyages, c’est avec plaisir que je vous le poste même s’il n’est pas d’actualité. Il n’est d’ailleurs pas exclu que parfois je fasse des throwbacks sur des moments, des souvenirs, des voyages qui sont restés gravés en moi et que je n’ai pas pris le temps de retranscrire ici.
Bonne lecture.
Mardi 11 juin 2024
Je suis arrivée à Fort-de-France vers 14h. La dernière fois que j’y avais mis les pieds, c’était il y a 3 ans jour pour jour, étrangement. D’habitude, je ne reste que 24h sur place, mais le planning m’a donné un 4 on, c’est-à-dire qu’il se passe quatre jours entre le moment où je pars de chez moi et celui où j’atterris à Paris, un petit cadeau de 48h qui m’a réconciliée un peu avec le métier. Lorsque je passe une escale aussi jolie que celle-là, je me dis que j’ai de la chance de faire ce métier en dépit de tous les mauvais côtés.
La veille de notre départ, une fille de mon équipage nous avait proposé une sortie snorkeling en bateau mais je n’étais pas très emballée. Pour être honnête, j’avais prévu une montagne de livres et de me la couler douce au bord de la plage, les pieds dans l’eau. Et puis, vous commencez à me connaître, je suis plutôt de nature solitaire et sauvage, alors me mélanger au reste du groupe, la plupart du temps, c’est très peu pour moi. Mais l’ambiance de l’équipage était sympa et le prix de l’activité était attractif. En sirotant mon planteur face à la mer, j’ai réfléchi et je me suis dit « One Life, je viens avec vous! »
Comme le veut ma tradition lorsque j’arrive dans les Antilles, je suis partie plonger mon corps entièrement dans la mer à peine mes affaires posées dans la chambre. Mes pieds crispés d’avoir gardé les talons seize heures d’affilée peuvent maintenant se détendre au contact du sable chaud. L’eau qui glisse sur mon corps me fait du bien aux jambes et atténue la sensation de lourdeur d’après vol. Le sel purifie toutes les mauvaises énergies que j’ai pu absorber dans l’avion. Je fais la planche de longues minutes, le crépitement de l’eau dans mes oreilles m’apaise. Une cigarette et je rejoins ma chambre pour m’écrouler dans mon lit.
Mercredi 12 juin
Après une bonne nuit de sommeil et un bon petit-déjeuner, je me rends à 13h10 à la réception, de l’hôtel pour retrouver les sept membres d’équipage avec qui je vais passer l’après-midi. Les autres se reposent au bord de la piscine ou certains ont rejoint leur famille.
Nous prenons la direction du port, il fait beau, très chaud et la mer est un peu agitée par endroits. Je monte dans le bateau à moteur et je repère la place qui me conviendra le mieux, à l’avant du bateau sur un côté, afin que je puisse m’accouder au bord et perdre mes yeux au loin dans l’horizon sans être gêné par une tête sur mon chemin visuel.
La visite de la baie commence par un peu d’histoire avec la bataille du Fort-Royal, surnommée également la bataille du Rhum. Les Français ont tendu un piège aux Hollandais qui tentaient de s’emparer de l’île en laissant délibérément des caisses de vin et de rhum où les soldats ont débarqué pour qu’ils soient saouls lorsque les Français attaqueraient. Ce stratagème démontre l’ingéniosité et la ruse déployées par les Français pour protéger leur territoire durant cette période historique tumultueuse. La victoire inattendue dans cette bataille navale a non seulement consolidé la position des Français dans la région, mais elle a aussi suscité l’admiration et la reconnaissance de leurs alliés. Ainsi, cet événement a eu un impact durable sur la façon dont la Martinique a été perçue au fil des siècles, contribuant à façonner son héritage marin et son identité culturelle unique.
Ensuite, nous avons navigué en direction de la grotte aux chauves-souris. L’eau turquoise qui contraste avec la roche et la noirceur de la cavité rend ce paysage mystérieux et sublime. En s’approchant, on pouvait distinguer les chiroptères et entendre leur petit cri strident. Je vous épargne l’odeur d’excréments présente qui ne les rendait pas moins mignons.
Le bateau reprend son chemin, il prend de la vitesse, la mer s’agite, mon corps ne cesse de taper contre mon siège, j’ai les cheveux au vent, j’observe la mer, la nature reprend sa place sur la terre ferme. J’admire, je souris, je suis heureuse de faire du bateau. Je me sens libre.
Nous faisons un arrêt devant le rocher du Diamant. Il est grand, sombre, imposant. Il y a beaucoup de courant autour. C’est une vision très impressionnante. Et j’apprends que durant la guerre des Français contre les Anglais en 1804, ces derniers avaient élu domicile sur la petite île et dormaient dans les cavités rocher face à la mer.
J’ai la faim qui commence à me tenailler le ventre. Je suis à deux doigts d’avoir mon premier mal de mer. J’ai lu quelque part qu’il ne fallait pas partir en mer le ventre vide, mais je n’ai pas trouvé la supérette avant de partir, je n’ai rien mangé depuis le petit déjeuner. Nous arrivons au Bourg des Anses d’Arlet pour y faire du snorkelling éducatif. Dans la mer, se trouvent éparpillées des bouées décorées par des dessins de ce que nous sommes censés trouver durant notre expédition. Je croque dans une pomme et je plonge. J’ai été surprise de découvrir une faune marine colorée et diversifiée, la plus belle que j’aie pu voir, plus belle qu’en Corse ou en Thaïlande. Les coraux formaient de splendides motifs sous-marins, et les poissons exotiques dansaient au rythme des vagues. J’ai même pu apercevoir un poisson trompette. En remontant sur le bateau, le skipper m’a proposé un verre de planteur, la spécialité martiniquaise à base de rhum.
Et c’est enivré par l’alcool que nous avons repris notre chemin, direction les tortues ! J’ai plongé à nouveau dans un endroit plus profond, au large de la roche. J’ai pu observer deux tortues manger l’herbe sur le sol marin et remonter gracieusement pour reprendre trois fois leur souffle avant de plonger à nouveau en direction du sol. Tout autour de nous, le mouvement paisible des vagues et le scintillement du soleil créaient une atmosphère sereine, loin de l’agitation de la terre ferme. Alors que je continuais à observer les tortues, j’ai été émerveillé par leur grâce et leur aisance dans l’eau.
En remontant sur le bateau, j’ai dégusté un plateau de fruits succulents accompagné de planteur again ! Ensuite nous avons amorcé le retour à Fort-de-France. C’est heureuse, apaisée et rougie par le soleil que j’ai rejoint ma chambre afin de me doucher et d’enfiler une robe longue pour aller manger au restaurant. J’ai commandé un colombo de légumes, du riz et des bananes plantain frites accompagnés d’un bon vin rouge. Une fois le restaurant terminé, je fume une dernière cigarette sur mon balcon avant de m’allonger sur mon lit, reconnaissante d’avoir passé une journée magique.
Jeudi 13 juin
Après un bon petit déjeuner plus copieux que celui de la veille et moins glucidique pour éviter d’avoir une nouvelle fringale dans la matinée avec le jetlag, j’ai décidé d’aller flâner une dernière fois à la plage avant de me préparer au vol retour. Le décollage est prévu à 17h30. Je me suis installée sous un parasol sur la plage, bercée par le son des vagues et le chant des oiseaux. Le temps s’est alors suspendu, me laissant profiter pleinement de cette parenthèse enchantée une dernière fois avant de rentrer à Paris.
Vendredi 14 juin
La nuit fut longue avec un vol retour difficile. J’ai fait une crise d’angoisse due à un problème technique qui m’a rappelé le 11 mai 2024. j’ai pris conscience qu’il fallait vraiment que je repasse sur moyen courrier. J’ai eu ma dose du long et si traverser l’Atlantique me fait désormais peur, cela risque d’être compliqué. Nous avons atterris à 8h et il n’y avait pas de vol pour rentrer sur Montpellier depuis l’aéroport d’Orly avant 16h25 et ils étaient tous pratiquement complet, même à CDG. J’ai booké un train qui faisait Paris – Montpellier. Il ne restait plus que des billets premières à 180 euros. J’ai pris le RER pour rejoindre la Gare de Lyon, attendu un peu et une fois mes fesses posées dans le train j’y étais presque. Encore un bus jusqu’à l’aéroport, une heure de route direction Arles et je pourrai enfin m’écrouler et dormir douze heures d’affilées.
J’ai passé une très belle escale, une de celles que l’on n’oublie pas…

















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